C'est une question que l'on peut se poser. Les garçons, les filles, le foot et ses supporters. L'ambiance est-elle la même ? Non pas simplement parce qu'il y a plus ou moins de monde mais parce que tout simplement c'est un sport différent, avec une approche, des « valeurs » différentes. Des différences qui feraient que l'ambiance ne sera jamais la même, que l'on soit 100 ou 50.000 à l'intérieur d'un stade.

La dernière Coupe du Monde au Canada a encore une fois montré qu'il était possible de réunir des dizaines de milliers de spectateurs pour des matches de football féminin. Aux États-Unis, certaines joueuses sont devenues de véritables « rock stars », chacune de leurs apparitions étant accompagnée de vivas et de cris de fans en fusion, avec le sentiment d'être un(e) privilégié(e), présent à quelques mètres de sa joueuse préférée.

 

Qui de mieux qu'Alex Morgan pour symboliser la "starisation" des joueuses américaines ? Un succès populaire et des fans toujours nombreux à chaque apparition de l'équipe américaine

A trois ans de la Coupe du Monde en France, le football français se retrouve confronté à cette nécessaire ambition : remplir les stades. Sur la région parisienne, ni le Stade de France, ni le Parc des Princes n'ont été retenus pour l’événement. Seul le stade Jean Bouin (20.000 places), enceinte qui accueille régulièrement les matches de rugby du Stade Français a été retenu.

Ailleurs, on s'est montré plus ambitieux. A Lyon, c'est le nouveau stade, le Parc OL, qui a été retenu : une enceinte de 50.000 places, théâtre de la demi-finale aller de la Ligue des Champions entre l'Olympique Lyonnais et le PSG. Une rencontre où le record d'affluence en France pour un match de football féminin a été battu avec 22.050 spectateurs payants réunis dimanche au stade.

Le football féminin est l'un des domaines où la capitale n'est pas vraiment Paris. Depuis 10 ans, Lyon est devenu la place forte du football féminin en France et peut-être même en Europe. Élue meilleure équipe du monde en 2015, l'OL féminin est devenu une référence sur le terrain, mais qu'en est-il dans les tribunes ?

 

Les Thorns de Portland, ou comment la "Rose City" de l'Oregon est devenu le repère des épines (Thorns) et de ses supporters qui se massent par milliers à chaque match de leur équipe.

La référence en matière d'ambiance dans le football féminin se trouve du côté de Portland, et l'équipe des Thorns. Une formation que va rejoindre Amandine Henry à la fin de la saison et qui affiche une affluence moyenne de plus de 15,000 spectateurs avec une animation de stade qui a fait la réputation du club de NWSL.

En France, Lyon reste la ville où le public se déplace en plus grand nombre pour assister aux matches de l'OL. La saison dernière, ils étaient 2,850 en moyenne à venir au stade, soit au Stade Gerland ou sur le terrain n°10 de la plaine des jeux pour assister aux rencontres de l'OL. Les rencontres phares, contre le PSG, Juvisy, Montpellier, attirent à chaque fois plusieurs milliers de curieux et de supporters.

 

Les joueuses de l'OL saluent le public lors du dernier OL - PSG à Gerland en septembre 2015. Une victoire 5-0 devant plus de 7.000 spectateurs

Encore cette saison, la réception de Paris en début de saison a réuni 7,037 spectateurs à Gerland. La venue de Montpellier pour la dernière journée devrait elle aussi attirer un grand nombre de Lyonnaises et de Lyonnais d'autant plus que le match sera probablement celui du titre et de la Décima lyonnaise. Ce sera aussi la dernière rencontre avant la finale de la Ligue des Champions où Lyon devrait être présent le 26 mai prochain.

Une exception lyonnaise ?

Au milieu de cette masse nombreuse de spectateurs qui viennent voir plus ou moins régulièrement les matches de l'OL, certains ont décidé de s'organiser pour créer des groupes et des associations de supporters. Une démarche qui peut sembler banale, mais sur ce terrain Lyon fait figure d'exception dans le paysage du football féminin français.

 

Les membres du groupe OL Ang'Elles, ici lors de la finale de la Coupe de France 2015 à Calais, remportée par l'OL face à Montpellier

Le premier groupe à s'être créé s'appelle les OL Ang'Elles. A l'initiative de cette démarche, Isabelle Bernard, une dirigeante de l'OL féminin. L'association trouve son point de départ pendant la saison 2010/2011. A ce sujet, Isabelle Bernard se souvient notamment d'un match de Ligue des Champions contre Arsenal, en demi-finale.

 

Isabelle Bernard est l'initiatrice du groupe OL Ang'Elles, une association de supporters spécifiquement tournée vers l'équipe féminine.

Une double confrontation qui à l'époque l'avait marqué. D'abord par la belle performance des Lyonnaises à l'aller (victoire 2-0) et puis par les conditions dans lequel s'est joué le retour en Angleterre. Un « stade improbable » avec un terrain détrempé, la « pluie froide » et puis des joueuses qui n'avait pas l'équipement adéquat pour faire face à ce genre de conditions. Elle avait été marquée par le « courage » des joueuses et de son sentiment qu'on ne pouvait pas « laisser des gens jouer dans ces conditions à ce niveau-là avec personne autour ».

Une décision d'autant plus forte de sa part qu'elle constate la différence entre les proportions prises par le foot masculin et l'anonymat dans lequel évoluent les meilleures joueuses chez les filles. Un sentiment que l'on retrouve chez tous les supporters que nous avons rencontré. En particulier, ils estiment avoir la chance de côtoyer de très grandes athlètes, qui font partie des meilleures du monde dans leur discipline tout en conservant une disponibilité et une simplicité devenue trop rare dans le monde du sport professionnel et dans le football en particulier.

 

Christophe et Jean-Michel deux supporters lyonnais et membres lyonnais que nous avons rencontré avant le match. En 2016, l'association fête ces cinq ans d'existence.

Certains, comme Christophe des OL Ang'Elles, estiment même que cela s'est quelque peu perdu du côté des garçons de l'OL, et que c'est une des raisons qui l'ont poussé à d'avantage s'intéresser aux féminines accompagné de ses enfants, pour leur permettre de voir mais aussi de rencontrer des sportives de haut niveau.

L'enjeu de l'information

Dans le monde du football féminin, même à Lyon, on ne peut pas se contenter d'attendre que les informations viennent à vous. Par certains côtés, les groupes de supporters jouent le rôle des médias ou des clubs dans la diffusion des renseignements concernant les matches, les lieux et les dates des rencontres, notamment quand elles sont décalées au dernier moment. La demi-finale entre Lyon et le PSG a d'ailleurs donné lieu à son lot de rebondissements peu au goût des supporters lyonnais.

Il y a bien évidemment le décalage au lundi soir (2 mai) du match retour prévu au Parc des Princes. Un changement dont beaucoup de supporters se sont scandalisés à Lyon, promettant malgré tout qu'une poignée de supporters feraient le déplacement. Mais il y a aussi cette anecdote racontée par Willy Pasche des OL Ang'Elles et que nous avons pu découvrir en traversant les rues de Lyon. Les affiches annonçant le match aller prévu à Lyon avaient conservé la date de départ, à savoir le Samedi 23 avril. Des affiches qui n'avaient jamais été corrigées par la suite et continuaient à être visible tel quel jusqu'au jour du match.

Des couacs ou des manques dans la communication autour du foot féminin qui ont favorisé le rapprochement d'un certain nombre de supporters avec les OL Ang'Elles. Une manière d'être courant des matches, des déplacements et des événements autour de l'équipe féminine. Fort de plus de 200 adhérents, la présence de l'association sur internet et les réseaux sociaux assurent aussi une diffusion des informations autour de l'équipe notamment lorsque les matches ne sont pas diffusés à la télévision.

Un rôle reconnu par le club et qui a probablement été facilité par la position d'Isabelle Bernard. Elle a pu s'appuyer sur ses réseaux à l'intérieur et autour du club pour rendre incontournable les OL Ang'Elles comme soutien et comme porte-parole non officiel de l'OL féminin. Une démarche qu'elle assume d'ailleurs, estimant que c'est une responsabilité des dirigeants de club féminin d'avoir une démarche volontariste pour susciter la création de groupes de supporters.

 

 

 

Dounia MESLI