Alors que la Coupe du monde 2018 masculine monopolise toutes les attentions, une véritable campagne de dénigrement de commentatrices féminines a vu le jour sur les réseaux sociaux. L'élément déclencheur de cette campagne : un ancien footballeur anglais, qui a déclaré "préférer une voix d'homme" lorsqu'il regarde un match de football.

Tout est parti de cet homme : Jason Cundy, ancien joueur du club de Chelsea. Ce dernier a en effet déclaré lors de l'émission télévisée Good morning Britain qu'il "préfère une voix d'homme" lorsqu'il regarde le football, car il n'aimerait pas "écouter une voix aiguë pendant 90 minutes". Cette petite déclaration tout en finesse n'est pas anodine. En effet, à l'heure où la Coupe du monde masculine organisée en Russie bat son plein, deux femmes se trouvent au pays de Dostoïevsky pour commenter les matches. Il s'agit de l'Anglaise Vicki Sparks, qui commente pour la BBC, et de l'Allemande Claudia Neumann, qui elle officie pour la chaîne allemande ZDF.

*Jason Cundy, l'homme à l'origine de la controverse. Photo : standard.co.uk

 

L'histoire aurait pu s'arrêter là. Malheureusement, la phrase de Jason Cundy a trouvé un large écho sur les réseaux sociaux. Résultat, ceux qui pensent comme l'ancien footballeur n'ont pas tardé à se faire entendre. L'un d'entre eux a notamment tweeté : "C'est une honte qu'une femme ait le droit de commenter". Heureusement, d'autres personnes n'ont pas hésité à prendre la défense des deux commentatrices directement visées qui officiaient en Russie.

 

"Porc sexiste"

Si cette déclaration faite lors d'une émission télévisée anglaise a fait réagir sur les réseaux, elle a également fait réagir l'animateur de l'émission en question. Face à ce sexisme décomplexé, ce dernier n'a pas hésité à le couper pour qualifier l'ancien footballeur de "porc sexiste". Avant de lui faire remarquer que certaines voix de commentateurs sont très désagréables et que la sienne en fait partie...

Ayant pris conscience d'avoir ouvert une véritable boîte de Pandore, Jason Cundy a fini par présenter ses excuses sur Twitter, se qualifiant lui-même d'"idiot". "Je tiens à m'excuser sincèrement pour les commentaires que j'ai faits sur Good Morning Britain, a t-il plaidé. Je suis parti en me rendant compte à quel point mes commentaires étaient stupides et irrecevables et comment je méritais le contrecoup que j'ai reçu."

"Il ya des moments où vous devez lever la main et admettre que vous avez tort et que vous avez été un idiot - et c'est le cas pour moi. Je regrette les commentaires et aussi la douleur et la colère qu'ils ont causées. Je réalise qu'il n'y a absolument aucune place pour ces attitudes avilissantes envers les commentatrices et je suis vraiment désolé."

Petit état des lieux en Russie

Une fois ces excuses faîtes et la polémique éteinte, faisons un petit état des lieux concernant la place des femmes dans le domaine du commentaire footballistique en Europe. On peut dire, sans être réducteur, qu'il reste un brin "macho". En effet, les cas de Vicki Sparks et de Claudia Neumann évoqués plus haut sont des exceptions. Tous les autres commentateurs présents sur le sol russe pendant la Coupe du monde par exemple sont des hommes. 

Du côté de la France, Grégoire Margotton et Bixente Lizarazu tiennent la corde chez TF1, tout comme les duos Christophe Josse et Daniel Bravo, Benjamin Da Silva et Omar da Fonseca, Xavier Domergue ou Patrice Ferri chez beIN Sport, pour ne citer qu'eux. Idem chez nos voisins belges par exemple, que ce soit du côté wallon avec les indétrônables Rodrigo Beenkens et Thierry Luthers ou du côté flamand. Inutile de vous dresser le catalogue de tous les autres pays européens, les commentateurs ont tous "une voix grave".

Si actuellement les progrès du football féminin en terme de visibilité et de reconnaissance sont lents mais incontestables, il n'en est pas de même du côté des cabines de commentateurs...

   

Arnaud Le Quéré