Difficile de mettre des mots sur des maux. Beaucoup d'espoir avait été mis sur cet Euro par les Bleues et leurs supporters. Et, plus d'une semaine après leur nouvelle désillusion dans une compétition officielle, les questions continuent à nous tarauder. Comment expliquer cet énième échec ?  Échec malgré toute la "préparation" effectuée avant de débuter cet Euro aux Pays-Bas. Nous y étions, notre ressenti.

 

Les stats des Bleues => L'équipe de France pour l'Euro 2017

 

Dans une compétition sportive, on ne sait que trop bien qu'il n'y a jamais vraiment de favori. Mais l'équipe de France avait hérité de cette "étiquette" encore une fois, bien malgré elle. Une façon aussi de mettre les projecteurs sur le prochain hôte de la Coupe du Monde, probablement. Mais rien ne s'est passé comme prévu pour les Bleues.

 

Une phase de groupe plus qu'en demi-teinte, avec un premier match gagné sur un simple penalty. Avant d'être menées au score par l'Autriche (1-1) et la Suisse (1-1) et de devoir revenir au score, s'adjugeant le match nul à chaque fois. Dans ce dernier match contre les Suissesses, les Bleues ont arraché leur qualification en quart de finale de justesse, sur un coup franc transformé par Camille Abily. Une rencontre qui a très certainement montré la plus belle facette des Tricolores dans cet Euro, leur mental.

 

Face à l'Angleterre, ce fut une autre histoire. L'équipe de France a dominé, comme presque à chacun de ces matchs, mais manqué cruellement de réalisme et les Bleues l'ont payé cher en encaissant le but de Jodie Taylor en seconde mi-temps, sans parvenir à revenir au score cette fois-ci. Une élimination cruelle, les Françaises pouvaient faire mieux.

 

Après cette désillusion, les Bleues avaient le coeur lourd, on a pu le voir dans le regard soutenu d'Amandine Henry vers nous. Forcément, empli de tristesse suite à cette courte défaite 1-0. Une élimination qui a encore du mal à passer et que Claire Lavogez comme toutes ces coéquipières ont eu du mal à accepter. La Lyonnaise nous a longuement confié son émotion et sa frustration. Pourtant, l'histoire est là, elle est écrite et personne ne pourra revenir dessus. L'équipe de France a manqué de beaucoup de choses dans cet Euro.

 


Le désarroi des Bleues
Après le coup dur en Coupe du Monde et le "désastre" des Jeux Olympiques, l'équipe de France a vécu une transition essentielle avec la nomination d'Olivier Echouafni comme coach. Un passage qui a porté ses fruits, puisque les Bleues sont restées "invaincues" jusqu'à ce match contre l'Angleterre en quart de finale de l'Euro 2017. Durant cette compétition, les Françaises ont certes montré de belles choses, mais aussi certaines insuffisances sur plusieurs points.

 

Après être passées d'un 4-5-1 contre l'Islande, à un 4-3-3 face à l'Autriche puis à un 4-3-2-1 pour le dernier match, décisif pour la qualif en opposition à la Suisse, difficile donc pour les Bleues de trouver leurs automatismes. Avec, en outre, plusieurs changements d'un match à l'autre, qui n'ont pas eu l'effet escompté, quitte à affaiblir le onze de départ. Les Bleues n'ont inscrit aucun but, hormis sur coups de pied arrêtés, un fait difficile à concevoir pour la troisième meilleure équipe du monde (FIFA). Des bouleversements en-soi peu judicieux qui ont clairement diminué l'impact de l'équipe de France face à chacun de ses opposants. Quand on sait que les Pays-Bas se sont basés sur une même stratégie, et ce, dès leur phase de groupe. Un 4-3-3 et avec un trio offensif Martens/Miedema/van de Sanden éblouissant, qui a mis à mal leurs adversaires jusqu'en finale.

 

On peut aussi évoquer des joueuses qui n'ont pas eu l'occasion de faire leur preuve, à l'image de Camille Catala, qui avait pourtant était décisive contre la Belgique en seulement 5 minutes de temps de jeu (entrée à la 86e minute). La néo-parisienne (Paris FC) a montré toute la saison passée, qu'elle était à la hauteur d'un match international, et aurait été un élément de taille contre l'Autriche. La joueuse qui avait dû déclarer forfait tout juste avant le troisième match de groupe contre la Suisse. Sans évoquer d'Aissatou Tounkara, Sandie Toletti ou encore de Meline Gérard et/ou Laëtitia Philippe.

 

Un fait qui a également affecté l'équipe de France dans son jeu, est probablement le manque de "binômes" comme on peut le trouver dans d'autres équipes de ce tournoi. A l'instar de Pernille Harder et Nadia Nadim ou encore van de Sanden et Lieke Martens et j'en passe. C'est très certainement l'une des causes du manque de jeu peu attractif des Bleues, souvent critiqué, alors même qu'elles ont à chaque matchs plus de 60% de possession du ballon (sauf contre l'Angleterre, avec 53%). Ce qui peut également s'expliquer par le manque d'homogénéité de l'équipe de France , puisque la plupart des Tricolores jouent en France et, presque toutes, pour les deux meilleurs clubs du championnat français (OL-PSG).

 

Ce qui permet de rebondir sur la cohésion de groupe, que l'on pensait pourtant acquise après avoir soulevé le trophée de la She Believes Cup. Mais dans le Football le plus important n'est jamais vraiment la victoire, mais l'état d'esprit avant tout, c'est ce qui mène au succès final : le titre. Pour se faire, il faut dès lors mieux encadrer et gérer la préparation de l'effectif tricolore pour éviter des blessures comme celle d'Amel Majri juste avant d'entamer cet Euro. Une perte qui a sans conteste jouée dans ce tournoi, tellement capitale avant de se tourner vers la Coupe du Monde en France.

 

Il existe aussi dans un dernier point, le revers de la médaille concernant cette forte médiatisation autour de l'équipe de France. On peut très certainement la considérer comme une mauvaise médiatisation, qui a mis une pression excessive sur les épaules des Bleues. Les conférences de presse, entretiens, interviews, rencontres se sont multipliés, les Françaises sont passées au crible, mais non pas dans le bon sens. Des questions qui pour la plupart du temps ne s'intéressaient qu'à leurs impressions sur le terrain et à leur sentiment de participer à cette compétition, et non à leur jeu propre, à leur saison, qui jouent forcément sur leur performance dans cet Euro. Peu de remises en questions en somme, qui ont installé une certaine nonchalance lors de leurs matchs, comme si l'intérêt était blasé autour d'elles. 

 

Que manque-t-il à cette équipe de France ? Quel avenir pour les Bleues ?

 


Renouveler l'équipe de France

Il est clairement question de l'effectif dans cette partie. Nous avons évoqué juste au-dessus de l'état d'esprit à avoir dans les grandes compétitions, surtout officielles. Cette faculté, on l'a retrouvé chez les Bleues dans cet Euro. Mais durant un seul match, on peut même dire seulement lors des 15 dernières minutes contre la Suisse, juste avant l'égalisation, emmenée par Eugénie Le Sommer. Et qui va permettre à Camille Abily de convertir son coup franc à la 76è minute de cette rencontre cruciale pour la qualification en quart. On sentait alors que les Bleues avaient retrouvé leur hargne à vouloir inverser la tendance, à ressortir meilleures, à gagner.

 

Malheureusement l'affiche suivante, cette rencontre contre les Anglaises, qui devait être un moyen de continuer sur cette lancée, a été une déception à tous les égards. Les Bleues sont retombées dans leurs mauvaises facettes, leurs travers, peut être bien à l'insu de leur plein gré. Difficile de remettre la faute sur les joueuses, puisqu'elles ont certainement individuellement donné le meilleur d'elle-même. Il est aujourd'hui important de se remettre clairement en question et de faire les meilleurs choix pour l'équipe de France et non plus pour l'égo de chacune.

 

Aujourd'hui avec le recul, on sait très bien qu'il n'y a qu'une seule réelle solution pour tirer le meilleur de l'équipe de France. Il s'agit tout d'abord de se séparer de certaines joueuses qui n'ont plus leur place chez les Bleues. Il est temps de rajeunir l'effectif tricolore, de bousculer les lignes et d'apporter de la folie comme on a pu le soulever avant l'entame de cet Euro. Et comme on a pu le voir chez beaucoup d'équipe de ce tournoi, à l'image de celle des Pays-Bas, de l'Italie, ou encore de l'Angleterre.

 

Il s'agit également de casser cette hégémonie d'un championnat français, qui n'est pas équilibré et qui ne peut permettre l'émergence  de nouvelles joueuses françaises aptes à jouer au plus haut niveau, quand la plupart jouent avec des étrangères. Il faut de se fait exporter les Bleues dans des championnats différents, pour gagner en maturité et enrichir le jeu français. Mais ce point là n'appartient qu'aux joueuses. Comme Amandine Henry, qui a eu la possibilité de l'expérimenter à bon escient. C'est ainsi qu'elle a certainement été la Bleue la plus efficace et déterminante dans cet Euro.


A présent, il s'agit à nouveau de tourner la page. En espérant que la plus belle histoire des Bleues s'écrive en 2019 à domicile.

Dounia MESLI